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Fondement de l'irrévérence, le pouvoir sanitaire fit des grands ses patients,
ses sujets et, quelquefois, ses adeptes.


Le culte de l'hygiène

"A onze heures, tout repose au palais" 149.

Analysée par les frères Goncourt, la méthode historique de Michelet essuie
comme principal reproche, d'avoir fait de la personne au pouvoir une chose
corporelle : "En ce livre déshabillé, plus de couronnes de lauriers, plus de manteaux
fleurdelisés, plus de chemise même. Les hommes y perdent leur piédestal comme
les choses y perdent leur pudeur. La gloire y a des ulcères et la matrice des Reines
des avortements. Ce n'est plus le stylet de la Muse, c'est le scalpel et le spéculum
du médecin. L'historien y apparaît comme le docteur des urines du peintre
hollandais. Le bassin d'Anne d'Autriche y est visité comme en d'autres oubliettes
de Blaye, et l'anus du Roi-Soleil y est interrogé comme en un dispensaire de
police... Fin des dieux, des religions, des superstitions, et l'arrière-faix de
l'histoire exposé en public. Cependant où va cela, où va ce siècle ? Où aboutira
cette grande avenue de l'histoire qui n'est plus qu'une avenue de monarques, de
reines, de ministres, de capitaines, de pasteurs de peuples, montrés dans leurs
ordures et leurs misères humaines, de Rois passant au conseil de révision ?..."
150.

Défroquée par le médecin, la personne est réduite à sa chose. Observateur du
désenchantement, Michelet affole les Goncourt qui sentent pertinemment la menace.
Et si la personne allait devenir quelqu'un ! "C'est un peu l'ouverture de la grande
Ruine qui sera demain"
151. Menacée d'apocalypse, la destinée de la civilisation se
joue sur la place du mal dans la représentation du pouvoir.

Cette place, justement, va être délimitée par le pouvoir sanitaire. Assigné à un
espace normalisé, le mal peut servir le pouvoir politique. Au-delà, il remet en cause
ses fondements.

La médecine, qui fouille les corps des grands, décide de leur conduite en
faisant l'anatomie de leur puissance. Quand ils lui obéissent, on peut révéler leurs
maux, puisque, grâce à elle, tout va rentrer dans l'ordre : "S.M. la reine Victoria a
beaucoup maigri : elle pesait, il y a deux ans encore, cent-quatre-vingt livres ; elle
suit un régime spécial qui l'a diminuée de sept kilos"
152. Cependant, si le mal est
héréditaire, la médecine est impuissante et excuse par exemple l'affaiblissement de
la vue du roi d'Angleterre, puisqu'il fait tout ce qu'il peut pour y remédier : "La vue
du roi d'Angleterre s'est affaiblie, paraît-il, en ces derniers temps, d'une façon
assez alarmante. Cette maladie est, malheureusement, héréditaire dans la maison de
Hanovre, dont le dernier roi était aveugle depuis l'âge de 30 ans.
"En juillet dernier, le roi fut examiné par Pagenstecher, le célèbre oculiste
allemand, qui était venu à bord du yatch royal, à Cowes. Ce fait avait été
soigneusement caché au public. Maintenant, le bruit court que le roi souffrirait


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149"L'hygiène d'une reine", C.M., (1912), p. 327. Version officielle de l'existence de la reine de
Hollande qui, en réalité, menait joyeux train (dénoncée dans la C.M.par un médecin ayant vécu à
sa cour).
150J. et E. GONCOURT, Journal, I, p. 247,cité par H. CEARD, "L'oeuvre de Michelet", C.M.,
(1898), p. 28 du tome annuel.
151Id.
152"Le poids des monarques", C.M., (1900), p. 44, rapportant une nouvelle du Journal de
médecine de Paris, 28/10/1900.

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