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l'entassement : les employés voisinent étroitement les cadavres rongés par les rats.
Il faut partir.

En 1864, après de multiples essais d'aménagement, arrachés un à un par
l'infatigable Devergie
6, la morgue sort de la boucherie. En désaccord avec le
conseil d'hygiène et de salubrité qui veut l'envoyer hors de la ville, car personne
n'accepte son voisinage, elle va se camper sur la Motte aux Papelards, à la pointe
de l'Ile de la Cité. Il faut, pour que les reconnaissances soient possibles, rester "sur
un des points les plus passants de Paris, de manière à y appeler le plus de curieux
possible"
7a déclaré la commission composée, entre autres, de Trébuchet et
Devergie, et nommée par le Préfet pour étudier le problème épineux du transfert.

Douloureuse confrontation entre l'hygiène et la morale, souvent d'accord, et la
logique policière qui l'a sans doute emporté grâce au charisme administratif de
Trébuchet, cousin germain de V. Hugo.

En 1877, les corps sont étendus sur des tables où le zinc, matière hygiénique 8,
a remplacé le marbre funèbre, comme au cabaret. Ils sont séparés et, sauf pour les
noyés, rhabillés avec leurs vêtements lavés ou des vieux que les marchands
d'habits trafiquent avec les employés. Le monde de la chair morte est le théâtre
fréquent d'invraisemblables crapuleries qui ne se font pas toujours dans la dentelle.

L'impossible dissimulation fait de la morgue le lieu institutionnalisé de la
contemplation furtive. Elle figure même dans les guides touristiques de l'époque. 
9
Des sites moins connus, et pourtant très vite policés, lui font pourtant concurrence.


Les parages des amphithéâtres d'anatomie


En 1831, les cartons de rapports et de notes que Parent-Duchâtelet dépouille à la
Préfecture de police au rayon des archives, lui révèlent qu'à la première
ordonnance 
10sur ces amphithéâtres, il fallut bien vite ajouter des mesures
obligeant les propriétaires à tenir les croisées "constamment voilées", ceci, pour
"ôter aux voisins la vue des cadavres et pour éloigner les curieux, car certaines
fenêtres, qui donnaient sur des amphithéâtres, étaient continuellement occupées par
les femmes et les jeunes filles du quartier"
11.

Reste à savoir ce qui les attirait le plus : les morts ? Leur découpage savant ? La
turbulence atavique d'élèves dont "l'indécence et la mauvaise conduite" sont
signalées dans les rapports que feuillète "le bon Parent"
12? Mais, si le spectacle
d'hommes de science aux prises avec le déchet-source de connaissance-intrigue le


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6A. DEVERGIE, "Rapport à M. le Préfet de police sur les inconvénients attachés aux
dispositions actuelles de la morgue ; propositions tendant à les faire disparaître ; description d'une
morgue modèle",HPML,VII, (1832), p. 75 à 97.
7A. DEVERGIE, "La morgue de Paris. Sa description, son service, son système hygiénique. De
l'autopsie judiciaire comparée à l'autopsie pathologique", HPML, IL, (1878), p. 49 à 79.
8Depuis l'expérimentation concluante, tentée en 1845 sur des forçats soumis volontairement à
l'usage d'eau conservée dans des récipients zingués, destinée à résoudre un très vieux problème de
marine, il n'a cessé de gagner du terrain.
9A. MITCHELL, "The Paris Morgue as a Social Institution in the Nineteenth Century",
Francia, IV, (1976), p. 590.
10Ord. du 24 vendémiaire an XII (17 octobre 1803) du Préfet de police DUBOIS.
11D'ARCET et PARENT-DUCHATELET : "De l'influence et de l'assainissement des salles de
dissection", HPML, V, (1831), p. 260.
12Surnom attribué à PARENT-DUCHATELETpar ses collègues hygiénistes.

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