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leurs méfaits. Il est vrai que quelques virtuoses du couteau pratiquent le crime
comme un art ; tel ce membre de la fameuse bande de Casque d'Or, Manda, qui
s'illustra ensuite au bagne comme chirurgien amateur, mais émérite, sur ses
compagnons
3.

En 1888, l'auteur de Paris qui souffre, Guillot, affole les maîtres hygiénistes
de la Revue d'Hygiène et de Police Sanitaireen décrivant la foule qui se presse
dans la salle d'exposition de la morgue : "les ouvriers qui ont quitté leur atelier, les
femmes avec leur nourrisson sur les bras, les enfants qui ont fait l'école
buissonnière, les demoiselles de magasin en bandes joyeuses, le gamin de Paris,
féroce et gouailleur, le souteneur à l'oeil farouche, se bousculant devant la grande
verrière, en poussant des cris sauvages et jouant des coudes pour arriver au premier
rang"
4.

La foule, toujours perçue comme sauvage et dangereuse, outre qu'elle s'est en
partie échappée des microcosmes, est assoiffée de sang, ça va de soi. D'ailleurs, les
reconnaissances sont très rares et les hygiénistes vont demander l'arrêt de ces
exhibitions :
"Le spectacle qu'offre la morgue est malheureusement entré dans les habitudes
du peuple de Paris. Beaucoup de visiteurs n'obéissent qu'à une curiosité de
mauvais aloi, d'autres y cherchent des émotions malsaines, les enfants s'y
pervertissent promptement et toute une catégorie d'individus, les souteneurs, les
vagabonds et les rôdeurs toujours à l'affût d'un coup à faire, s'y démoralisent de
plus en plus et y prennent, avec le goût du sang, l'habitude des crimes"
5.

L'évolution historique de l'institution jette une lumière crue sur la remise en
ordre opérée.

Dès 1714, la première morgue parisienne, sise au Grand Châtelet, reçoit les
cadavres et les entasse dans une salle basse et humide. Les parents, lanterne à la
main, viennent les y reconnaître.

Cette description du XVIIIème siècle, transmise par le XIXème siècle, est
caractéristique et révèle l'obsédant profil des mythes biologiques qui ont structuré la
progression scientifique. Les morts, comme les vivants, sont victimes de
l'entassement et du grand mélange urbains, dangers multipliés par l'image du
marais : miasmes de l'haleine du sol envenimée par l'humidité, car la rivière est
toujours proche des industriesinsalubres et la morgue sera inévitablement logée au
bord de l'eau. Le grand mouvement hygiénique de désentassement, aussi violent
que le sera la pastorisation, va favoriser le spectacle des corps.

En 1804, époque des grandes normalisations impériales, branle bas de combat
dans toutes les viandes, la matière humaine s'installe chez l'animale : les vieilles
boucheries construites en 1568 par Philibert Delorme, à l'angle du Pont Saint-
Michel et du quai, se métamorphosent en morgue. Quoi de mieux qu'une boucherie
pour organiser le spectacle et le travail de la chair morte ?

Cependant, l'afflux des corps ne cesse d'augmenter. De 1848 (date de
l'obligation générale à la création des conseils d'hygiène et de salubrité qui veillent
à la statistique) à 1878, le nombre en a doublé. L'annonce de la fermeture du tour
de la Maternité, faite par erreur, a suffi pour provoquer le triplement des nouveaux-
nés et des foetus. A ces massacres, succède inévitablement l'accélération de

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3Nommé infirmier en chef au bagne des Iles du Salut, Manda mania la lancette, au dire du
Courrier médical, "comme le premier des chirurgiens, (ayant) toujours eu, il est vrai une
disposition pour saigner son semblable." cf.C M., (1905), p. 370.
4Revue des livres, RHPS,(1888), p. 280.
5Id.

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