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mort, les restes, la dépouille), qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ? La mort
n'est pas une annulation instantanée ; elle trompe son monde. Quelque chose traîne,
se métamorphose et pue. L'hygiéniste va s'en occuper en toute hâte, car l'odeur
détermine la vitesse d'exécution. Elle préfigure le danger depuis que celle du
cadavre putride, odeur éloignée, renvoie à l'homme la connaissance violente de sa
potentielle altérité. La polysémie d'empester, sentir mauvais et semer la peste, n'en
témoigne-t-elle pas ? Or, pour neutraliser cet excrément intégral que le corps fait de
lui-même, quelle sorte d'égoût va-t-on utiliser ?

L'identification du déchet, préoccupation constante de l'hygiène, n'est pas
simple. Est-on sûr de la mort ? Faut-il traiter l'homme mort comme de la viande ?
Et le charnier du champ de bataille, ce cadavre multiplié ? Entre le respect dû aux
morts
et le travail des chimistes, quelle logique instaurer ? La bonne science peut-
elle tout se permettre ?

A cette danse macabre des questions, les hygiénistes ne sont pas les seuls invités
et ils en témoignent. Comme dans Faust, c'est Satan qui conduit le bal. Ce qu'il y a
de l'autre côté, peut-on l'apercevoir, n'y a-t-il pas quelque présage déchiffrable
dans le corps mort ?

La mort menace, mais elle attire, inexorablement. A tel point qu'on s'en inquiète
et qu'on va y mettre bon ordre. C'est que, derrière la compassion, se cachent des
pulsions dont le contrôle, subtil et puissant comme une nature seconde, garantit la
survie de cette civilisation.


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