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inspecteurs des moeurs, les avait mobilisés avec la majorité de l'opinion publique.
Sous cette pression, un réglement (28/4/1887) vint réduire le nombre des
inspecteurs et leur associa des gardiens de la paix
21. Pour tempérer son ardeur
répressive, la police avait dû organiser sa modération, c'est dire si le désarroi était
grand !

L'abstinence réglementaire était une urgence pour l'hygiène. Il fallait
redéfinir les buts et la manière de contrôler la prostitution. Elle n'était en aucun cas
un moyen pour rétablir l'égalité ou rassurer les moralistes. Face à l'impossible
généralisation des maisons de tolérance où les insalubrités localisées auraient
pourtant permis une prophylaxie quasi-hospitalière, l'hygiène ne voyait d'efficacité
que dans un grand nettoyage par la loi. Les arrêtés et les préfets de police
entretenaient un brouillard normatif qu'il fallait dissiper par une bonne loi, bien
solide, qui dirait les raisons sanitaires de tout ça.

Les Anglais, qui s'étaient imprudemment abstenus sous la pression des
abolitionnistes, étaient tombés dans les abysses du silence : "La situation est si
monstrueuse à Londres que les Anglais n'osent plus en parler"
22révélait la Revue
d'hygiène et de police sanitaire
en 1890.

En Allemagne, les abolitionnistes avaient fait fermer les "maisons" et les
clandestines s'étaient répandues à l'infini dans les rues (12 000 arrestations en
1890).

L'épuration de la rue était hygiéniquement nécessaire, mais la lutte
antisyphilitique ne devait pas se limiter à celle contre la prostitution. L'idéal
sanitaire était d'obtenir : 1º que tout vénérien soit obligé par quelque moyen que ce
soit de se soigner ; 2º la neutralisation des agents de contagion ; 3º la punition de
ceux qui contreviendraient aux mesures prophylactiques
23.

En attendant la grâce législative, les soliloques allaient bon train. Ne
pouvait-on, sans réglementer, apaiser les choses. L'article 1382 du Code Civil ne
suffisait-il pas pour faire de la transmission syphilitique une infraction ? Fallait-il
créer de toute pièce un délit de contamination intersexuelle?

En 1903, une commission extraparlementaire du Régime des moeurs
(nommée le 18/7 par le gouvernement français) proposa l'abolition d'un régime qui
mettait le sexe féminin hors du droit commun et adopta le principe du délit de
contamination intersexuelle. "Arrière les artifices de morale bourgeoise" écrivait
Ensch, emporté par la passion : "La loi ne doit pas introduire d'artifices dans le
droit. Sachons défendre le droit commun"
24. La syphilis ne devait plus être
considérée comme un frein moral. La prostituée syphilitique n'était-elle pas
assimilable à une marchandise frelatée ? "Que dirait une police sanitaire digne de ce
nom, du spectacle d'un quidam à la bouche dégoûtante d'une bave et d'ulcères
empoisonnés, qui entrerait dans une boutique de commerce alimentaire, porterait
librement une lèvre et une dent virulente sur les viandes, le pain, les fruits, aux
rebords des verres, goûterait et replacerait tranquillement denrées chancrées et vases
infectés pour l'usage de ceux que la faim et la soif amèneraient derrière lui ?"
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21Ceux-ci avaient par erreur arrêté des actrices et relancé la polémique.
22J.A. rendant compte du livre de L. REUSS, La prostitution au point de vue de l'hygiène et de
l'administration, en France et à l'étranger, Paris, Baillière, 1889, in RHPS, XII, 1890, p. 279.
23La loi du 1er janvier 1919 suédoise inaugura cette attitude archi-sanitaire d'une législation
antiquement moraliste.
24ENSCH, "L'hygiène et le droit", RHPS, XXXVI, 1914, p. 9.
25Docteur FIAUX, Le délit pénal de contamination intersexuelle, loc. cit., p. 71.

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