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de suite faire de l'ordre. En 1875, les Anglais inaugurèrent un droit hygiénique
spécifique : le Public Health Actqui fit tout de suite l'admiration et l'envie de tous
les hygiénistes européens et devint pour eux, une sorte de référence morale :

"Est punie d'une amende qui ne pourra excéder cinq livres :
a) toute personne atteinte de maladie contagieuse grave et qui - sans prendre de
précaution se met dans la situation de répandre cette maladie en quelque endroit
public - rue - place - auberge - et qui pénètre dans quelque voiture publique - sans
prévenir le conducteur ou le propriétaire du mal dont il est atteint ;
b) toute personne qui soigne un malade atteint d'affection contagieuse et qui expose
le malade à propager sa maladie.
c) celui qui vend, loue, transmet ou expose sans désinfection préalable des objets
de literie, vêtements, des chiffons ou autres objets qui ont pu être infectés ;
Celui qui pénètre dans une voiture publique sans prévenir le conducteur ou le
propriétaire de la maladie dont il est atteint sera astreint de payer en outre les pertes
et les frais que pourrait occasionner la désinfection."
12

La prophylaxie était entrée dans le droit et les procès, nombreux 13, étaient
autant d'occasions de réflexion pour les pays voisins.

Mentalement assimilé à un ingesta, le microbe provoqua la création d'un
droit qui fut comparable à celui de l'alimentation. Il prit forme dans des
revendications collectives qui eurent, de ce fait, beaucoup plus de poids.

Point focal des peurs biologiques et paradoxalement, des moyens de les
vaincre, l'eau fut reconnue comme une denrée alimentaire à cause de cette proximité
conceptuelle que faisait sourdre l'ingesta.

En 1901, un procès retentissant eut lieu en Allemagne, "L'épidémie de
typhus de Gelsenkirchen"
, qui concentra pendant près d'une année l'attention des
savants, hygiénistes, ingénieurs, bactériologistes et juristes. L'affrontement des
savoirs fit dire que les vingt-trois jours d'audience avaient fait faire à l'hygiène plus
de progrès qu'un quart de siècle.

Accusés d'avoir provoqué toute une série d'épidémies meurtrières de fièvre
typhoïde en ayant distribué de l'eau contaminée par la Ruhr, les directeurs d'une
compagnie avaient été mis en cause. Les plus grands savants, dont Koch, durent
intervenir pour prouver scientifiquement l'origine hydrique des épidémies. Mais
tout semblait contre la théorie microbienne : on ne trouvait pas de bacille d'Eberth
dans les eaux souillées de la Ruhr, la vanne qui commandait l'alimentation d'un
tuyau suspect avait un instant dirigé l'eau incriminée vers un district qui n'avait pas
été touché par l'épidémie et les juges refusèrent donc d'attribuer la responsabilité de
l'épidémie à la Compagnie. Mais comme les directeurs avaient reconnu qu'ils
avaient capté de l'eau de la Ruhr, c'était avouer qu'ils avaient failli à leur contrat de
fournir de l'eau pure. Ils furent condamnés, de ce fait, en application de la loi sur la
falsification des denrées alimentaires
14.


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12ENSCH, ibid, p. 842. La France n'eut l'équivalent qu'en 1902.
13STEPHENS, recueil Digest of Public Health Cases, London, The Sanitary Publishing, 1902,
p. 115-116, signalé par ENSCH comme contenant les applications de la loi sanitaire anglaise.
14Dans le même esprit, les juges anglais sont allés encore plus loin puisque, pour eux, la
présence du bacille d'Eberth dans du lait constitua en elle-même une falsification (jugement
d'Ealing, 1905).

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