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prison doit punir sans faire souffrir
les corps, etc. Instruments fondamentaux du
recyclage hygiénique, leur parenté peut sauter
aux yeux des plus innocents : leur

architecture suit les mêmes lois !

Pour l'homme, thème de notre
premier livre, l'effacement civilisateur éclate
littéralement dans l'éloignement d'un cadavre
qu'il faut cependant distinguer des
choses. Cette résistance trahit en fait le refus
pulsionnel d'accepter la mort et les
rites funéraires se révèlent comme un
art du camouflage d'un corps trop présent.
D'une résonance identique, l'alimentation est une
entreprise de restauration des
corps également destinée à les faire
oublier. Les recherches pour réaliser cet
effacement nous ont parues proches et aussi complexes que
celles entreprises pour

l'éloignement du corps mort.

Pour illustrer le microcosme, le corps
militaire nous a semblé le plus
pertinent parce qu'il est précisément une mise
en jeu très codifiée du corps. Les
façons même d'y mourir sont recensées et
l'on y préserve la vie pour la risquer
dans la guerre. Monde de paradoxe, il est en son entier le
cadre de la mise à
l'envers des conduites naturelles : on y fait corps
pour tuer ou bien mourir (en

soldat).

A la fin du XIXème
siècle, la patrie était malade, pire que
malade :
dégénérescente. Tous les discours
hygiéniques et bien d'autres, psalmodiaient cet
inlassable thème. Aussi l'étude des
fléaux sociaux qui causaient ce malheur et
révélaient du même mouvement le corps
collectif, doit-elle trahir une entreprise
d'effacement qui portera non seulement sur les corps
réels mais sur le futur qu'ils

enferment.

Ce travail a été
baptisé essai parce que le genre autorise les choix
et les
risques et qu'il appelle à la transformation. Cette
dernière a pour nous un sens
déterminé : il faut qu'à partir
d'un fragment pris ailleurs dans le discours
hygiénique, on puisse retrouver la même
vibration de sens que celle que nous
avons voulu ici montrer : un effacement du corps
permettant au pouvoir sanitaire

de régner sur un espace homogène et
pénétrable, normalisé.
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