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l'hygiéniste, non seulement se faire entendre, mais intervenir techniquement, en
expert d'une normalité encore plus fondamentale qui déterminerait l'autre. C'était

pour lui, non pas une histoire de concurrence, mais une question de rationalité.


Avant tout, l'hygiéniste était un scientifique. La question de savoir si dans la
composition des diverses instances de l'hygiène il y avait plus ou moins de
médecins, d'ingénieurs ou d'architectes ne nous retiendra pas longtemps. Savoir
qui avait le plus d'influence et, par conséquent, comment, au dehors, on percevait
l'hygiéniste, nous semble infiniment plus important. Le fait qu'à l'Académie de
médecine on disait, par exemple, parlant des hygiénistes à une époque où les
médecins étaient plus rares dans leurs conseils (fin XIXème siècle) : "ils sont de la
maison", parle de lui-même. Bien sûr, les ingénieurs sanitaires et les architectes
salubristes ont eu une importance grandissante, il fallait bien réaliser les projets
mûris par les médecins hygiénistes ! Ce qui compte, à notre avis, c'est le travail de
la famille d'hygiénistes mettant en application les découvertes scientifiques qui
pouvaient améliorer la vie des hommes. C'est cette solidaritédans l'action qui est
déterminante. Par ailleurs, si l'on pense que la composition de la famille pouvait en
elle-même influer sur sa politique, il sera facile de constater, à travers nos très
nombreuses citations, que la parole était à la médecine. Et l'on ne sera guère plus
avancé, car à partir du moment où un médecin était hygiéniste, il n'était déjà plus
comme les autres. Alors la logique impose de dire, maintenant, ce qu'était un

hygiéniste et dans ce droit-fil, ce qu'était l'hygiène.


Pendant toute une partie du XIXème siècle, les choses semblent
paradoxalement très simples : l'hygiène et l'hygiéniste échappent à toute définition.
Ou alors ils en ont trop ou de trop vagues et l'on sent que se définir, pour eux,
n'est pas une priorité essentielle. De temps en temps, des efforts sont faits pour
éclaircir les choses. C'est le cas dans les inaugurations en tous genres : discours
d'ouverture des Congrès, présentation des objectifs d'une nouvelle revue
d'hygiène, débuts des discours de rapporteur de commissions, etc. Alors on sent
que pour eux, c'est la corvée et de procéder par raccourci : "une partie des sciences
médicales" (Bouchardat), "la moralité des sociétés" (P. Bert) ; "un motif de
subordination générale au bien collectif" (Trélat). L'effort, quelquefois est
méritoire, tel fut le cas par exemple du Prospectus présentant l'organe de presse

officiel de l'hygiène, Les Annales d'hygiène publique et de médecine légale. Il

vaut, par une sorte d'appel innocent à l'anthologie, une intégrale restitution :


"L'hygiène publique, qui est l'art de conserver la santé aux hommes réunis
en société, est appelée à recevoir un grand développement et à fournir de
nombreuses applications au perfectionnement de nos institutions. C'est elle qui
observe les variétés, les oppositions, les influences des climats, et qui en apprécie
les effets ; qui constate et éloigne toutes les causes contraires à la conservation et au
bien-être de l'existence ; enfin, qui avise à tous les moyens de salubrité publique.
Elle s'occupe de la qualité et des propriétés des comestibles et des boissons, du
régime des gens de guerre, des marins. Elle fait sentir la nécessité des lois
sanitaires. Elle s'étend à tout ce qui concerne les endémies, les épidémies, les
épizooties, les hôpitaux, les maisons d'aliénés, les lazarets, les prisons, les
inhumations, les cimetières, etc. On voit combien dans ces limites seulement, il
reste à entreprendre et à réaliser pour cette partie de la science. Mais elle a devant
elle encore un autre avenir dans l'ordre moral. De l'investigation des habitudes, des
professions, de toutes les nuances des positions sociales, elle déduit des réflexions

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