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sous-entendait que le mal avait sa raison d'être, procédait logiquement et qu'il fallait
parfois le respecter. L'idée d'un certain désagrément accompagne d'ailleurs
spontanément la représentation de la thérapeutique et accepter sa maladie pouvait

aisément être entrevu comme une prise de purge supplémentaire.


Cependant, l'idée qui nous retiendra ici, c'est que le pouvoir sanitaire peut
être volontairement et apparemment suspendu mais en réalité, régner en maître.
Autrement dit, personne n'est jamais sûr d'y échapper : il n'y a plus d'hors

pouvoir
possible à partir du moment où l'absence s'affiche comme faisant partie
d'une politique plus vastement entendue. L'essence même de ce pouvoir nous
paraît résider en cette institution d'un espace qui ne pouvant échapper au dogme, le
rend en quelque sorte immanent et fait de son observation spontanée une sorte de
science naturelle. Et c'est dans ce glissement qui opère d'un pouvoir apparemment
si particulier qu'il a l'air d'un artifice à un pouvoir si vaste que "rien de ce qui
touche à l'homme ne lui est étranger" (d'Arcet), que naît, pour l'historien du droit,

la certitude de trouver une pâture nouvelle, riche et pratiquement inépuisable.


Le droit ne s'occupe-t-il pas lui aussi de l'humanité ? La normalisation de
l'humain est sa raison d'être. Il est le langage autorisé, pour ce faire, par le pouvoir
politique comme l'hygiène l'est par le pouvoir sanitaire. Alors pensera-t-on, qu'est-
ce qui va faire la différence entre ces deux discours ? La légitimité ? Tous les deux
se disent fondés sur la vérité et c'est en cela qu'ils sont scientifiques. Bien plus :
"Au nom du bien public" est une formule consacrée et commune à leurs

prescriptions. Chacun ne s'occupe-t-il pas du vivant pour qu'il le reste ?


Déjà, résumons-nous par la métaphore : nous avons affaire à deux sciences
qui conduisent des machines à normaliser la même matière, l'homme, pour faire
son bonheur. Est-ce que cette coïncidence ne va pas entraîner un antagonisme ?
Quelles différences y aura-t-il dans les moyens ? Aurons-nous deux mondes

inconciliables ?


Tout de suite, la technique historique de la connaissance s'impose. Or
curieusement, l'hygiène telle qu'elle est entendue au XIXème siècle
2,c'est-à-dire
dans une sorte de flou conceptuel qui lui permet de s'occuper de bien autre chose
que de prophylaxie et qui, insidieusement, la mêle à toute chose politique, cette
hygiène est née au XVIIIème siècle. Venue des Lumières comme le nouveau droit,
elle lui est pourtant profondément opposée dans la nature de son assise légitime.
Voulant faire le bonheur de l'homme, elle ne trouve pas ses lois dans l'expression
de la volonté générale mais dans les progrès applicablesde la science. Et c'est
justement par ce besoin d'applicationdu savoir dans la vie de l'homme qu'elle
peut dépendre du droit. Mais ne pourrait-elle s'en dispenser quand elle emporte la
conviction générale et prend en cela les mécanismes normalisateurs de la morale ?
La plupart du temps, l'hygiène travaillera dans cette voie que l'on peut convenir

d'appeler pré-normalisatrice. Cependant, cette solution ne conviendrait
parfaitement, que si l'hygiène pouvait être purement individuelle : le non-respect
des règles sanitaires entraînant une sanction biologique naturelle, le processus
pourrait s'arrêter là. Or, c'est justement à cet endroit que les choses se compliquent.
La santé de l'individu concerne le groupe humain en son entier et nous verrons


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2Nous allons revenir sur l'historicité de sa définition.

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