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pouvoir qui les a générés en entrant dans le monde du plaisir d'en être les produits.
Cette transformation impose un effacement partiel de sa réalité pour en devenir une

autre, construite suivant ses possibilités, d'après un idéal esthétique.

S'agissant d'harmonie, prenons la métaphore musicale. L'homme civilisé
est celui qui joue d'un instrument suivant un certain usage (accordé). Il participe à
l'élaboration d'une musique qui l'oblige à sonner juste. Concentrée dans cette
expression, l'idée de se faire oublier individuellement par la conformation aux lois
(juste) tout en servant à l'oeuvre collective (sonner) s'ajoute à celle du plaisir
d'avoir une résonance collective et d'avoir pu y parvenir (être conforme). Ce

dépassement gratifiant est à la base de la docilité générale des civilisés.

Revenons à l'hygiène. Une civilisation hygiénique s'efforcera d'accorder
les corps pour qu'ils restent sains et puissent au mieux vaquer à des occupations

qui concoureront au bien collectif. Ce résultat leur procurera, en retour, le bien-être.

Du sain on est passé au bien-être. Cette dernière formule implique, au-delà

de l'idée de santé, celle d'une conformité apaisante.

Le pouvoir sanitaire va oeuvrer à la définition des recettes qui feront de la
civilisation hygiénique l'outil du bien-être. Objectif obligé d'une science du vivant,
le bien-être apparaît d'abord comme le fruit d'une soustraction : un corps qui ne
souffre pas ou qui ne connaît pas d'entrave causée par sa matérialité. Peut-il avoir
du plaisir ? Oui, mais tempéré, c'est-à-dire normalisé pour que le risque de l'excès
ou du manque ne puisse pas le désaccorder et le faire retomber subrepticement dans

le malsain.

Ici commence l'extravagance. Le pouvoir sanitaire va s'occuper du corps
pour en permettre, au bout du compte, une présence harmonique. C'est-à-dire, en
fait, un effacement. C'est là, précisément, dans la percussion de ce sens que se sont
opérés nos choix. Car il a bien fallu, dans l'universalisme des préoccupations
sanitaires, faire jaillir l'essentiel. Or, une fois la constatation faite de cette
manoeuvre civilisatrice, il suffisait de trouver le plus éclairant, tout en montrant, de
temps en temps, que le choix n'était pas fait pour avoir raison mais pour mieux

convaincre.

Partant de l'idée que la civilisation était une recherche d'harmonie, trouver
dans les corps le profil d'un étagement comme en produisent naturellement les
sons, était simple. Du son primitif : l'homme, on arrivait à un harmonique

audible : le rassemblement, puis au ténu enveloppant pour lequel il faut tendre

l'oreille et qui demande une certaine éducation : la patrie.

Ces trois phénomènes représentatifs ont fourni la structure de notre essai.
Conventionnellement, nous avons choisi d'appeler microcosme la forme de
rassemblement ordinaire qu'étudiait l'hygiéniste : la caserne, l'école, la prison, le
navire, l'hôpital, etc. parce qu'elle créait des mondes à part, aisément observables
et organisés comme des grands corps. Composés de corps soumis aux mêmes
conditions, les microcosmes sont tous des appareils d'orthopédie civilisatrice qui
usinent de l'homme conforme. Conçus pour ranger, ils collectionnent et redressent.
La caserne doit faire de l'homme, du vrai, l'école forme de la graine de citoyen,
l'hôpital est une usine de réparation sanitaire où l'on recycle les corps meurtris, la

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