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qu'il y a là-dessous plus qu'une allusion à une possible contagiosité : la société a

besoin d'hommes sains pour bien fonctionner.


Ce qui, dans le domaine politique, peut procurer au voisinage de l'individu
une nuisance et appelle des limites d'ordre juridique, c'est la liberté. Elle a son
équivalent dans le domaine sanitaire. Le droit d'être malsain, n'est tolérable que
dans une certaine mesure. Et ce dont on entend parler sous la formule positive de

droit à la santén'est en fait que l'optimalisation juridique de ce qui est
fondamentalement, pour la survie d'un corps collectif idéalement conçu et qui de ce
fait même prendra un corps réel et par exemple vaccinable, un devoir de santé.
Autrement dit, avant d'arriver à un problème d'égalité ou de juste distribution, on
passe d'abord par la résolution d'un problème de liberté. L'égalité sanitaire ne peut
pas se concevoir sans l'acceptation préalable d'une normalisation des conduites qui
attente forcément à la liberté. Or c'est dans la logique même de la survie et du bien-

être que le corps collectif va obliger à l'égalité sanitaire.
Tout de suite, les grandes enquêtes, comme celle, célèbre, de Villermé, ont
pris soin de montrer une inégalité biologique qui était choquante parce qu'elle
n'était pas naturelle mais venait d'un ordre social si défectueux qu'une partie de la
population mourait deux fois plus que l'autre. Il s'agissait, pour lui, de trouver un
remède à un désordre biologique issu d'un désordre moral (chez les ouvriers autant
que chez leurs maîtres) pour "calmer le malaise"
3qui travaillait alors la société.


On avait donc là un nouvel instrument, qui permettait de savoir si
politiquement quelque chose était utile pour éviter ce qui risquait d'aboutir, un jour
ou l'autre, à l'émeute. C'était dire, implicitement, que le corps politique avait une
santé et dépendait, dans ce qui présidait à l'organisation souterraine de sa
normalisation, d'un ordre sanitaire auquel il devait forcément aboutir pour
subsister. Alors, il était facile de renverser la machine et de dire qu'au lieu d'arriver
à un ordre sanitaire par la recherche d'une bonne politique, il fallait commencer par
instaurer cet ordre qui, induisant la "santé" du pouvoir, révélerait sa valeur
politique. Tout le travail des hygiénistes allait se concentrer sur ce renversement des

mentalités et peser, autant que faire se pouvait, sur la normalisation juridique.


Voyons pour s'en convaincre ce qu'écrit Villermé en conclusion de son
travail : "Ma tâche est enfin terminée. Si j'ai pu faire partager mes opinions ; si j'ai

pu convaincre surtout qu'il est urgent de soumettre les grandes manufactures dites

réunies
à un règlement d'administration, ou bien, à une loi qui fixe un maximum à
la durée quotidienne du travail des enfants, d'après leur âge, et empêche ainsi
l'abus, porté jusqu'à l'immolation, qu'on y fait de ces malheureux, je n'aurai plus
rien à désirer..." 
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Le but était bien, au travers d'un verdict biologique que les normes
sanitaires avaient déterminé, d'obtenir des règles juridiques correctrices. Le droit
était donc pour l'hygiéniste une forme de thérapeutique en même temps qu'une
symptomatique du pouvoir. Et cette ambivalence, qui compliquait singulièrement
les règles du jeu politique, impliquait forcément dans l'élaboration des lois, le
concours bienveillant des spécialistes de la question sanitaire. Il fallait donc, pour

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3L.R. VILLERME, Etat physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de

coton, de laine et de soie
, Paris, 1840, réédition Bourgois, 1971, p. 298.

4Idem, p. 296-7.

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