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et des conseils qui ne sont pas sans action sur la force et la richesse des états. Elle
peut, par son association à la philosophie et à la législation, exercer une grande
influence sur la marche de l'esprit humain. Elle doit éclairer le moraliste et
concourir à la noble tâche de diminuer le nombre des infirmités sociales. Les fautes
et les crimes sont des maladies de la société qu'il faut travailler à guérir, ou, tout au
moins, à diminuer ; et jamais les moyens de curation ne seront plus puissants que
quand ils puiseront leur mode d'action dans les révélations de l'homme physique et
intellectuel, et que la physiologie et l'hygiène prêteront leurs lumières à la science
du gouvernement." 5

En fait, ce qu'il faut retenir de tout ceci, au point de vue de l'identification
de l'hygiène, c'est qu'elle s'occupe de tout mais avec un style qui lui est propre et
qui peut et doit influer sur toute l'activité humaine. Or ce qui pourrait définir son
style, c'est justement la généralité de ses préoccupations. Elle lie tout le savoir sur

la santé physique et morale de l'homme.

Quand vers la fin du XIXème siècle, la pastorisation 6 donna à l'hygiène les
moyens scientifiques de sa politique, la matière se désagrégea progressivement en
médecine publique et en hygiène sociale tout en conservant son appellation
première. Elle entretenait ainsi un désordre sémantique qui avait toujours servi son
universalisme mais trahissait par là, une préoccupation désormais primordiale, à

savoir : défendre le corps collectif. C'en était fait, une fois pour toute, de la clarté.

Alors, à notre époque, où le mot hygiène n'est plus guère employé que pour
le papier et, où les choses qui en méritait autrefois le qualificatif ont été rebaptisées
en médecine préventive, écologie, "affaires" sociales etc. comment s'étonner que

beaucoup soient convaincus de la disparition de l'hygiène !

Il faut dire que le phénomène est pour le moins extraordinaire : à un
élargissement grandissant des préoccupations correspond un rétrécissement
proportionnel de l'usage du mot dans la langue ! Nous n'y avons pas trouvé
d'autre explication que la fonction originellement solidarisante du vocable dans
toute action destinée à conjurer un risque biologique. Le mot hygiène est donc,
pour nous, essentiellement un signe emblèmatique qui a permis, aussi longtemps
que ce fut nécessaire, un rassemblement autour d'une dogmatique nouvelle,
travaillant la réalité pour y trouver une vérité plus éclairante que la raison humaine et

la volonté générale.

Cependant, derrière ce brouillard sémiologique inconsciemment entretenu,
quelque chose de palpable, véritable décantation d'un phénomène beaucoup plus
vaste, s'offre matériellement à la réflexion : les institutions de l'hygiène. Elles
témoignent toutes de combats souvent très longs et inégaux. Parfois, elles ne sont
que des parades qui démontrent l'avance idéologique de l'hygiène sur les

5 Prospectus, HPML, 1ère partie du tome 1 (1829), p. VI et VII.
6 Conventionnellement, nous employons pastorisation pour exprimer la conversion idéologique
qui découle de la conversion scientifique (la croyance en la théorie microbienne) plutôt que
pasteurisation qui limiterait l'espace sémantique à l'opération bactéricide. Pastorisé et pasteurisé
auront aussi le même décalage du sens dans cet essai. Cette convention n'est pas adoptée par tous
les historiens des sciences (voir par exemple, C. SALOMON-BAYET, Pasteur et la révolution
pastorienne, Paris, Payot, 1986, p. 22), nous avons opté pour celle qui nous a paru la plus claire

et la plus utile.

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