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Esthétiquement guéris

Les peurs conjuguées de voir l'argent gaspillé et le luxe devenir un besoin
chez les pauvres, obligèrent à la fondation d'une dialectique embarrassée qui devint
un art du "presque".
Certains malades furent "regardés comme guéris ou presque guéris" 75,
"améliorés". Il y eut des guérisons "absolues" et des "relatives". De la restitutio
ad integrum exceptionnelle à l'incurabilité, la palette des "petits riens" qui faisaient
dans le "presque", la différence, avait préfiguré les subtiles analyses de W.
Jankélévitch. Voyons par exemple le flou caractéristique de ces colonnes
statistiques faites en Allemagne en 1898.

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D'une maladie dont on osait à peine prononcer le nom et qui demandait du
courage aux médecins pour l'annoncer, il était logique que l'absence de
thérapeutique efficace provoque un nouveau langage qui mesure la simple
amélioration. S'agissant tout à la fois de justifier la ségrégation, l'exil, la dépense et
l'intervention médicale, le mot guérison était une figure de rhétorique imposée.
C'est seulement avec la découverte des antibiotiques (en 1943) et la généralisation
de leur emploi (vers 1950) que la cure médicale fut véritablement efficace. Jusqu'à
cette date, on a joué à être guéri dans une mise en scène caricaturale du monde où la
meilleure façon trouvée pour éliminer l'ouvrier contagieux avait été de le
transformer momentanément en bourgeois.


75 The sanatorium Treatment of phthisis is-it worth while ? (Le traitement de la tuberculose par
les sanatoriums est-il un traitement de valeur ?), par W.B. RASONM (Brit. med. journal, 14
janvier 1905, p. 59) in RHPS, XXIII, (1900), p. 60.
76 P. REILLE, op. cit., p. 512.
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