1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

présentée soigneusement sous une forme atténuée : l'isolement. Pour les usines on
parlera plus volontiers d'éloignement. On voit bien cependant que le but est le
même : épargner les villes.

  1. L'établissement d'un sanatorium est-il nuisible pour les malades ? Non, les
    phtisiques se sentent bien dans ces "villas" qui en font une société à part, à l'instar
    des lépreux. Si l'établissement est bien dirigé et si l'on prend des précautions,
    aucun danger ne menace ceux qui l'habitent.
    En revanche, ceux qui l'habitent
    sont soupçonnés d'être eux-mêmes des nuisances et leur accumulation inspire au
    voisinage une crainte semblable à celle que les populations ouvrières provoquent
    chez les bourgeois du XIXème siècle. "L'homme-nuisance", est un produit
    commun à l'industrie et à l'hôpital spécialisé.
  1. Quelle est l'influence de ces asiles sur la santé des populations ? Les prétextes à
    rejet qui émanent de voisins souvent en colère, tournent autour de trois axes :

- le mauvais renomde l'activité ;
- la contamination de l'air et de l'eau ;
- une connaissance inattendue des risques inhérents à l'activité :
"certaines populations rurales montrent même une connaissance qu'on ne leur
supposerait pas des relations des tuberculoses humaine et animale et, craignant pour
la santé de leurs boeufs et de leurs vaches, ils voient déjà leurs étables décimées par
la pommelière". Ici se greffe une problématique très courante dans les conflits
d'hygiène industrielle : on a affaire à une industrie qui en gêne une autre.Le
Comité va devoir trancher : laquelle sacrifier ? Il faut évaluer le mal. Une étude
des vents va les renseigner sur la dissémination des nuisances.
De nombreuses
recherches ont prouvé que l'air expiré par les poitrinaires n'était pas dangereux
(Cadeac et Malet, Straus, Grancher, etc.). Ce qui est nocif, c'est le crachat en
suspension sur des poussières. Or il existe une solution : il faut concentrer la
nuisance dans un récipient étanche.
Les crachoirs, c
ommeles puisards, vont
résoudre le problème. Par mesure de précaution supplémentaire, il faudra
installer l'établissement loin des habitations, sur le flanc d'une hauteur, à l'abri
des vents dominants.
Les étuves à désinfection et l'épandage des matières fécales
(comme à Falkenstein
62) complèteront cette neutralisation de la nuisance pour les
sanatoriums.

En conclusion : "un établissement bien dirigé ne peut présenter aucun danger
pour son voisinage. C'est ainsi qu'en ont décidé en tous pays les autorités
scientifiques et les législateurs."

Des années après cette affaire corse, la municipalité d'Ajaccio sera encore
moquée par les hygiénistes : "A Ajaccio on peut voir la susceptibilité hygiénique
municipale en quête d'arguments, aller jusqu'à invoquer le danger redoutable
provenant pour la population de la contagion par rapports sexuels ! Ces indigènes
si intraitables auraient-ils donc un faible pour les tuberculeux ?"
63

L'acceptation du sanatorium par l'opinion va passer par un travail "au
corps" qui emploiera tous les arguments imaginables et même l'argument financier
qu'apporte l'économie des vies humaines.

Cependant, à l'abri du monde, s'en construisait un autre qui en disait long
sur le premier en le mettant soigneusement à l'envers.


IMAGE Imgs/guilbert-th-3.2.301.gif

62Sanatorium modèle allemand surnommé "la Mecque des phtisiologues".
63Dr. F. DUMAREST, "De l'organisation d'un sanatorium", HPML, XL, (1898), p. 167.

329