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Avantage non négligeable, la construction de ces hôpitaux spécialisés
trouvaient à la campagne un terrain très bon marché. Les lits à 32 000 F de l'Hôtel-
Dieu ou même à 29 000 F de l'hôpital Boucicaut, prix ruineux qui ne comportaient
même pas le coût du terrain et des expropriations, étaient sans cesse brandis en
symbole de l'irrationalité budgétaire.

L'urbanisation et le travail industriel, responsables primordiaux de la
dégénérescence, avaient abondamment démontré leur nocivité et il fallait soustraire
leurs victimes de la ville avant leur achèvement.

Alors, ce qui en fait était une mesure de protection du voisinage contre des
producteurs de nuisances, profita opportunément de croyances souvent très
anciennes. Elles permirent un déguisement habile de la pénitence sanitaire en
logique thérapeutique à un moment où justement la médecine piaffait d'impatience.
Koch avait découvert le micro-organisme depuis 1882, le mécanisme de la primo-
infection en 1891. On savait que 90 % des adultes étaient contaminés mais on
ignorait pourquoi certains tombaient malades. Avec l'échec de la tuberculine
(tentative d'immunothérapie) et la faiblesse des médications antiseptiques, le
sanatorium apparaissait comme une solution d'attente qui ne pouvait faire que du
bien. Empêché de nuire, le tuberculeux allait pratiquer le rite hygiénique et apporter
à la campagne la nouveauté des orages bacillaires.


Le schème de la nuisance industrielle


Les poussières bacillifères sont la traduction d'une production véritablement
industriellequ'expulse quotidiennement le phtisique. Des calculs sont faits sur le
"débit moyen" d'un malade : "un phtisique crachant seulement toutes les heures et
expulsant 30 cm3 à chaque quinte mettrait ainsi en liberté 720 millions de bacilles
tous les jours". On imagine sans peine l'effroi des populations à qui on imposait un
tel voisinage ! Aussi les requêtes s'entassaient-elles sur les bureaux du Comité
consultatif d'hygiène publique de France (CCHPF) suivant en cela le chemin frayé
par les plaintes relatives aux établissements insalubres, incommodes ou dangereux,
qu'orchestrait peu ou prou le décret de 1810.

En 1895, par exemple, on peut lire un rapport d'un auditeur du CCHPF à
propos d'une affaire en tous points semblable aux litiges habituels sur l'hygiène
industrielle. Le conflit opposait alors la mairie d'Ajaccio à la Société des sanatoria
français
qui menacait d'installer une "succursale" sur l'île. Le rapport explique la
position du comité sur ce problème qui jaillissait systématiquement, à chaque fois
qu'un sanatorium était projeté. La politique hygiénique suivie est si
extraordinairement conforme à celle en vigueur pour les industries, qu'une
décortication mettant le processus commun en valeur, s'impose.

L'italique traduira ce qui ressort comme lois politiques de l'hygiène face aux
nuisances de l'activité humaine.

  1. Le Comité étudie d'abord l'utilité d'une telle activité.On démontre qu'elle est
    indispensable et que le progrès ne saurait s'en passer. L'histoire vient
    conforter l'effort démonstratif.
    Pour les sanatoriums, quoi de plus naturel que de
    remonter aux léproseries ? Si elles ont fait disparaître un tel fléau par l'isolement,
    pourquoi n'en serait-il pas de même pour la tuberculose qui menace la race. La
    relégation dans les provinces, à l'instar de celle prévue pour le criminel, est

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