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"Maladie indolore, inconsistante, maladie propre, sans
odeur, sans"ça" ; elle n'avait d'autres marques que son
temps, interminable, et le tabou social de la contagion ;
pour le reste, on était malade ou guéris esthétiquement,
par un pur décret du médecin ; et, tandis que les autres
maladies désocialisent, la tuberculose, elle, nous
projetait dans une petite société ethnographique qui
tenait de la peuplade, du couvent et du phalanstère :
rites, contraintes, protection." 64
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Il était logique qu'une thérapeutique destinée à s'opposer au mal qu'avait déchaîné
la civilisation, s'attache à éliminer les faiblesses qui avaient provoqué la blessure.
On peut donc voir dans le sanatorium la pétrification de ce qui, alors, posait
problème. Instrument de rejet et de purification, il ne pouvait devenir que la
manifestation en plein de ce que la vie offrait généralement en creux. De sa chaire
géographique, il militait en provoquant la réflexion.

La ville à la campagne
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D'ailleurs cet hôpital, était-ce bien un hôpital ? Isolé, entouré d'arbres et de
jardins, c'était "une villa de malades et non plus une lugubre bâtisse, lamentable
vestibule de la mort" 66. L'architecture ne pouvait pas être celle de l'hôpital car
celui-ci concrétisait depuis plus d'un siècle, le crime sanitaire par excellence : celui
de l'habitat. Or le logement insalubre des villes était justement devenu, à la fin du
XIXème siècle, le principal accusé dans l'étiologie de la tuberculose. Il laissait bien
loin derrière lui ce qu'avaient auparavant constaté les statistiques hygiéniques
européennes, à savoir, la coïncidence patente entre les pointes extrêmes de
l'industrialisation et les acmés de la maladie.
La leçon était simple : il fallait faire de l'anti-ville à la campagne. Aussi les
projets architecturaux les plus fous virent-ils le jour, essayant de fournir au mieux
ce qui manquait en ville : l'air, la lumière et l'espace.
C'était à qui trouverait le plus "à l'envers" des choses. Ainsi pour
l'implantation même du sanatorium, les sommets des Alpes et les glaciers suisses
parurent-ils vieux jeu à certains, qui voulaient en établir au bord du lac Thorne en
Laponie, à l'extrêmité arctique des chemins de fer suédois ! Les Allemands, eux,
réadaptaient le vieux mythe de l'exil océanique en construisant des paquebots-
sanatoriums. En Amérique, comme à l'accoutumée, on était quasiment dans la


64 R. BARTHES, cité en épigraphe par ses élèves dans leur excellent livre. I. GRELLET et C.
KRUSE, Histoires de la tuberculose. Les fièvres de l'âme, (1800 - 1940), Paris, Ramsay, 1983,
p. 7.
65 F. DUMAREST, op. cit., p. 169.
66 BERTHOD, id., p. 537.
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