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science-fiction et les journalistes suivaient cette escalade stratégique avec un effroi
admiratif qui était désormais le ton convenu pour parler des "Martiens" :

"La nouvelle nous arrive d'Amérique, où la municipalité de Philadelphie vient de
voter une somme d'un demi-million pour la construction d'un nouvel hôpital
destiné aux tuberculeux. Cet hôpital, pour 500 malades, comprendra huit grands
pavillons à charpente d'acier. Les murs et les toitures seront en verre.
Chaque malade sera parfaitement isolé par un système nouveau de ventilation et par
une production constante d'ozone.
Dans chaque pavillon, des batteries électriques spéciales rendront l'air plus actif et
détruiront tous les germes morbides.
Les pauvres microbes, bons et mauvais, finiront par ne plus savoir où vivre."
67

Presque aussi impudique que les salles de dissection a côté des obitoires, le
nécessaire laboratoire biologique menaçait de se métamorphoser en laboratoire de
médecine expérimentale. La liaison qu'il aurait instaurée avec les laboratoires de
recherche de la ville était si contraire à l'esprit de coupure et d'inversion, que cette
mutation, quand elle existait, fut soigneusement dissimulée dans de discrètes
annexes. Il ne fallait surtout pas donner au "sanatoriable" la pensée qu'il allait
devenir un animalde laboratoire. Il n'était ni un citadin, ni un rural, mais une sorte
d'humain en suspension dans des lieux étrangement conçus qui auraient pu lui
éviter de tomber malade s'il les avait auparavant habités. Ici, il avait encore une
chance de guérir, à condition de suivre une discipline hygiénique qui en ferait
justement un autre homme.


Les pauvres apprennent la richesse

"Assurément, le séjour est enchanteur" 68

L'efficacité du sanatorium, établie pour les riches tuberculeux, il fallut
trouver le moyen de convaincre que traiter les pauvres de cette façon seraitenfait
une économie. C'est que le sanatorium était un gros investissement. Faire un
microcosme "fermé, discipliné et septique" (Brouardel) coûtait beaucoup d'argent,
même à la campagne. Alors, peu à peu, les Français s'étaient résignés à procéder
comme leurs ennemis héréditaires et ils admirent que le sanatorium était une caisse
d'épargne sociale.

En Allemagne, lafurie sanatoriale avait sévi plus tôt et plus fort sous
l'influence des compagnies d'assurances contrel'invalidité et la vieillesse. Il
s'agissait d'éviter aux tuberculeux d'atteindre le stade fatal de l'invalidité. Les
rentiers tuberculeux invalides étaient alors les plus nombreux et les menaçaient de
ruine. Le bénéfice de la cure sanatoriale avait été calculé : 7 500 000 marks, soit
l'époque, 8 875 000 F.


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67"Hôpital de verre", C.M., (1902), p. 49, rapportant une nouvelle de l'Echo de Paris.
68P. REILLE, "Les sanatoriums et l'hospitalisation des tuberculeux indigents", IVe congrès de la
tuberculose, HPML, XL, (1898), p. 513.

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