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pour s'en occuper, mais les enquêtes montraient l'indiscipline des gens. Voici les
relevés très probants faits en 1902 à la gare du Nord.

Nombre de personnes
Voiespassées
devant
les
crachoirs

Date et heures de la
surveillance


18 octobre (de 5h du soir
à 5h30 du soir)
19 octobre (de 8h du matin
à 9h du matin)
20 octobre (de 11h30 du
matin 11h45 du matin)

ayant
craché
à terre


3
2
12
7
8
4

ayant
utilisé
les
crachoirs

2
1
1
1
Néant
1

6
12
6
12
6
12

625
315
450
410
630
580

Tout le monde se rendait compte que l'apprentissage serait long : "Il ne
s'agit encore que d'une "prière". Il ne faut pas se montrer trop exigeant pour
commencer. L'amende sera pour le siècle prochain, quand l'éducation du public
sera faite et quand il paraîtra à chacun aussi naturel de ne pas cracher sur le trottoir
que de ne pas uriner dans la rue."
59

Les sanctions étaient en fait si difficiles à prendre que l'on comptait sur la
surveillance mutuelle que les gens allaient faire, exactement comme de nos jours
pour le tabac.

A New York, le crachat dans un lieu public pouvait coûter 50 dollars. A la
Nouvelle Orléans, c'était 25 dollars et la moitié de l'amende était versée à la
personne qui avait constaté le délit et fourni les moyens de poursuivre le
coupable 
60.

En 1901 fut fondée à Paris la Ligue des anticracheurs, qui se proposait
de catéchiser les gens par une propagande "empreinte de la plus délicate urbanité".

Toutes les conduites individuelles qui, au travail, dans la famille et la vie
publique, avaient rendu l'insalivation usuelle étaient à modifier. Le danger présenté
par le baiser de la patène pendant l'offertoire invitait même le rite catholique à
s'interroger sanitairement. C'est alors qu'un phénomène extraordinaire de rouerie
intellectuelle transforma la relégation des tuberculeux à la campagne comme une
chose naturelle et salutaire.

Le malade qui, dans la ville, était l'ennemi public fut présenté comme une
plante dont la culture, c'est la logique même, imposait la désurbanisation : "le
malade, comme la vigne et l'espalier, aime l'abri du vent et le soleil"
61.

Le modèle du sanatorium était l'hôpital marin, machine à régénérer par
excellence où l'on avait commencé à envoyer les enfants lymphatiques, scrofuleux
ou rachitiques. Il était donc logique d'en faire l'outil emblématique de la lutte contre
la dégénérescence.

En outre, il y avait toujours eu dans les croyances, l'idée que l'éloignement,
le changement d'air et même l'exil que représenta longtemps le voyage maritime,
pouvaient être des thérapeutiques efficaces dans les maladies de consomption.

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59Id., p. 478.
60Dr. CHAMBISSEUR, Les crachoirs hygiéniques, thèse de Paris, 1903, rapporté dans HPML,
XLIX, p. 480.
61P. BERTHOD,id.,p. 537.

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